Le scandale Perrier franchit une nouvelle étape. Selon les révélations de la cellule investigation de Radio France, près de trois millions de bouteilles et canettes produites sur le site de Vergèze, dans le Gard, ont été détruites ou restent bloquées depuis l’été 2025 en raison de contaminations bactériennes répétées. Le détail est accablant : 370 000 bouteilles détruites en janvier après détection de bactéries coliformes, puis plus de 200 000 supplémentaires après détection de Pseudomonas aeruginosa — une bactérie pouvant provoquer des infections graves chez les personnes fragiles — et encore 300 000 en mars sur ordre de la préfecture.
14 millions de bouteilles contaminées finalement vendues
Ce qui rend l’affaire encore plus troublante : en parallèle de ces destructions, plus de 14 millions de bouteilles ayant fait l’objet de détections bactériennes ont finalement été commercialisées après des décisions de “déblocage” préfectoral. Fin janvier, le préfet du Gard a ainsi autorisé Nestlé Waters à mettre sur le marché près de 400 000 bouteilles malgré la détection en novembre de bactéries Pseudomonas — alors même que le groupe en détruisait simultanément plus de 200 000 pour la même contamination. Des agents de l’ARS ont par ailleurs signalé des délais d’attente pouvant atteindre 45 minutes avant d’accéder aux installations lors de contrôles inopinés.
La filière se soulève, un concurrent saisit la justice
Le minéralier savoyard Bonneval a déposé le 6 mai des recours devant les tribunaux administratifs du Gard et des Vosges pour faire annuler les autorisations préfectorales permettant à Nestlé Waters d’utiliser des filtres de microfiltration à 0,45 micron — un procédé que la réglementation sur les eaux minérales naturelles interdit, car l’eau doit être pure à la source. “Si une eau est polluée à la source, comment peut-on garantir la sécurité sanitaire sans une désinfection totale ?”, interroge David Merle, directeur général de Bonneval. Plus largement, la Maison des eaux minérales naturelles a interpellé la ministre de la Santé Stéphanie Rist, qui a renvoyé le dossier vers les préfets sans réponse de fond.
Les problèmes ne s’arrêtent pas aux contaminations. Le préfet du Gard a mis en demeure Nestlé Waters pour la deuxième fois depuis décembre pour dépassement des seuils de rejets polluants : la demande chimique en oxygène relevée à la sortie de la station d’épuration a atteint jusqu’à 140 mg/l, contre un seuil autorisé de 50 mg/l. Le groupe consomme également près de 5 litres d’eau pour produire un litre commercialisé, alors que la limite est fixée à 3,06. Nestlé Waters, dont les sites de Vergèze et Vittel ont fait l’objet de perquisitions le 19 mai, affirme que “tous les produits commercialisés peuvent être bus en toute sécurité.”


















