Mort de Robert Boulin en 1979 : suicide ou assassinat politique ? Le pôle Cold Case va reprendre l’enquête 46 ans après

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Quarante-six ans ont passé, mais l’affaire Boulin n’a jamais cessé de hanter la République française. Le pôle national « Cold Case », unité judiciaire spécialisée dans les crimes non élucidés, devrait prochainement récupérer l’enquête sur la mort de Robert Boulin, ancien ministre du Travail de Raymond Barre, retrouvé sans vie dans un étang de la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979. Une nouvelle qui représente un espoir immense pour la famille de l’ancien ministre, qui n’a jamais cessé de réclamer la vérité.

C’est aux premières lueurs du matin que le corps de Robert Boulin avait été découvert, flottant dans l’étang Rompu, au cœur de la forêt de Rambouillet dans les Yvelines. Gaulliste historique de la Cinquième République, figure respectée du monde politique français, il était alors au cœur d’un scandale médiatique lié à l’acquisition d’un terrain à Ramatuelle, dans le Var. Très rapidement, les enquêteurs de l’époque avaient conclu à un suicide, estimant que le ministre s’était donné la mort sous la pression de cette affaire. Une conclusion hâtive que la famille Boulin a toujours farouchement contestée.

Au fil des décennies, la thèse du suicide a pourtant été progressivement ébranlée par l’accumulation de nouveaux éléments troublants. Des errements procéduraux graves ont été mis au jour dans la conduite de l’enquête initiale, et de nouveaux témoignages sont apparus, pointant vers une tout autre réalité. En 2015, le parquet de Versailles avait pris acte de ces doutes en ouvrant une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivie de mort ou assassinat » — des qualifications radicalement opposées à la thèse du suicide. Mais malgré des années d’investigations, la vérité n’a pas émergé.

C’est dans ce contexte que les procureurs de Versailles et de Nanterre ont publié ce vendredi 17 avril un communiqué conjoint annonçant leur intention de transférer le dossier au pôle « Cold Case » du tribunal judiciaire de Nanterre. Créé en 2022 et dédié aux affaires criminelles les plus complexes et les plus anciennes, ce pôle de magistrats spécialisés dispose des moyens et de l’expertise nécessaires pour se plonger dans des dossiers que le temps a rendus particulièrement ardus. La décision finale appartient au juge d’instruction actuellement en charge du dossier.

Pour Fabienne Boulin, la fille de l’ancien ministre, cette annonce est une bouffée d’air après des décennies de frustration judiciaire. Elle a exprimé sa satisfaction tout en formulant un espoir pressant : que ces nouveaux magistrats consacrent enfin toute leur énergie à mener une vraie enquête, digne de ce nom, sur la mort de son père.

Au cœur des pistes explorées par les enquêteurs figure notamment le rôle du Service d’action civique, le SAC — association gaulliste tristement célèbre pour ses méthodes musclées et ses interventions dans les affaires politiques les plus sensibles de l’époque. Plusieurs témoins ont, au fil des années, évoqué l’implication de cette organisation dans la mort de Robert Boulin. Le SAC a finalement été dissous en 1981, après une série de meurtres qui avaient choqué la France. Ses connexions supposées avec l’affaire Boulin constituent l’une des pistes les plus sérieuses que le pôle Cold Case devra explorer avec rigueur pour tenter, enfin, de percer le secret de l’étang Rompu.

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