Corruption passive, blanchiment et association de malfaiteurs, le large spectre d’infractions retenu contre un policier et deux réservistes de Guyane déférés devant la JIRS de Fort-de-France

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C’est l’un des scénarios les plus redoutés par les services antistupéfiants : un dispositif de contrôle renforcé trahi de l’intérieur par ceux-là même qui étaient censés le faire fonctionner. Depuis décembre 2025, la Juridiction Interrégionale Spécialisée de Fort-de-France instruit un dossier de trafic structuré de cocaïne entre la Guyane et l’Hexagone, dans lequel des membres de la Police nationale sont soupçonnés d’avoir facilité le passage de mules à l’aéroport Félix Eboué de Cayenne. Ce mercredi, cinq suspects — dont un fonctionnaire de police et deux réservistes — ont été présentés devant le juge d’instruction de la JIRS, qui pourrait les mettre en examen et demander leur placement en détention provisoire.

Le mode opératoire allégué est précis et révoltant. Le dispositif “100% contrôle”, mis en place en octobre 2022 pour renforcer la lutte contre le trafic de cocaïne sur la liaison Cayenne-Paris, aurait été contourné grâce à la complicité de policiers qui validaient ou simulaient des tests urinaires et délivraient des autorisations de voyager à des mules. Selon le procureur de Fort-de-France Yann Le Bris, les faits présumés s’étendent de janvier 2023 à mai 2026 — soit plus de trois ans de corruption au cœur même d’un dispositif anti-trafic. L’un des réservistes mis en cause est également un ancien adjoint au maire de Cayenne.

Dix personnes avaient été placées en garde à vue le 11 mai à Cayenne, dont trois fonctionnaires de police et deux réservistes. Au terme des gardes à vue, cinq ont été incarcérés en Guyane avant d’être transférés en Martinique mardi soir sur mandat d’amener. L’enquête, initialement conduite par l’antenne de l’OFAST de Cayenne depuis avril 2025, est aujourd’hui menée en co-saisine avec le Groupe Interministériel de Recherche et l’Inspection Générale de la Police Nationale. Les infractions potentiellement retenues sont lourdes : trafic en bande organisée, blanchiment, corruption active et passive, association de malfaiteurs.

L’ironie cruelle de l’affaire réside dans les chiffres : depuis son lancement, le dispositif “100% contrôle” a entraîné une baisse de 52% des saisies de cocaïne à l’aéroport de Guyane entre 2023 et 2025. En 2025, 388 kilos de cocaïne y ont tout de même été saisis et 369 personnes interpellées. Des résultats significatifs — obtenus malgré la corruption qui rongeait le système de l’intérieur. Toutes les personnes visées sont présumées innocentes.

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