Paris, 28 juillet 1835. Le boulevard du Temple est en fête. Le roi Louis-Philippe passe en revue la Garde nationale pour commémorer le cinquième anniversaire de la révolution de Juillet qui l’a porté au pouvoir. La foule est dense, les badauds nombreux, l’atmosphère festive. Personne ne regarde les fenêtres du troisième étage du numéro 50, derrière lesquelles un homme attend, les yeux rivés sur la rue, la main sur un mécanisme de son invention qu’il a mis des mois à perfectionner. Il s’appelle Joseph Fieschi, il est corse, ancien soldat, petit criminel, et il veut tuer le roi.
Sa “machine infernale”
— comme la baptisera immédiatement la presse de l’époque — est un assemblage de vingt-cinq canons de fusil fixés sur un châssis de bois, reliés à un même mécanisme de mise à feu. L’idée est simple et diabolique : déclencher simultanément vingt-cinq tirs en direction du cortège royal, rendant l’assassinat du monarque quasi inévitable. Fieschi a travaillé pendant des mois à la construction de cet engin, financé et encouragé par deux complices républicains, Morey et Pépin, qui rêvent d’en finir avec la monarchie de Juillet.
Lorsque le cortège royal passe sous sa fenêtre, Fieschi actionne le mécanisme. Le bruit est assourdissant — les témoins parlent d’une explosion semblable à un coup de canon. Sur le boulevard, c’est la panique absolue. Dix-huit personnes sont tuées sur le coup ou mourront de leurs blessures dans les heures suivantes — des gardes, des officiers, des civils, un maréchal de France. Des dizaines d’autres sont grièvement blessées. Le cheval du roi est touché. Louis-Philippe lui-même reçoit une balle qui effleure son front — une égratignure. Il s’en sort indemne, au grand désespoir de Fieschi.
Car la machine infernale n’a pas fonctionné parfaitement. Plusieurs canons ont explosé prématurément, dévastant l’appartement et blessant grièvement l’artificier lui-même. C’est ainsi que Fieschi est retrouvé quelques heures plus tard, le visage en sang, incapable de fuir. Arrêté, il parle abondamment et livre rapidement ses deux complices. Le procès est expéditif. Les trois hommes sont condamnés à mort et guillotinés le 19 février 1836 sur la place du Trône, devant une foule immense.

L’attentat de Fieschi a des conséquences politiques considérables. Louis-Philippe, sonné mais déterminé, en profite pour faire voter les “lois de septembre” — un arsenal répressif draconien qui muselle la presse républicaine et resserre l’étau sur les opposants. La monarchie de Juillet, qui vacillait, se ressaisit pour une décennie. Mais l’élan ne durera pas : treize ans plus tard, en 1848, Louis-Philippe sera renversé par une autre révolution et mourra en exil à Londres. Fieschi, lui, est entré dans l’histoire comme l’auteur de l’attentat le plus meurtrier jamais commis contre un roi de France — même si ce roi avait eu la chance insolente de survivre.



















