France : John Law, l’Écossais qui fit rêver tout un royaume avant de ruiner des milliers de Français avec la plus grande escroquerie financière du XVIIIe siècle

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En 1720, la France connut sa première grande crise financière, orchestrée par un personnage aussi brillant qu’imprudent : John Law, un Écossais aux allures de génie sorti tout droit d’un roman d’aventures. Fils d’un orfèvre d’Édimbourg, joueur invétéré et condamné à mort en Angleterre pour avoir tué un homme en duel en 1694, il s’était enfui sur le continent et avait parcouru l’Europe en affinant ses théories économiques révolutionnaires. Une conviction obsessionnelle le guidait : la monnaie métallique freinait la croissance, et seul le papier-monnaie pouvait libérer le potentiel des nations.

La France du Régent Philippe d’Orléans était à genoux. Louis XIV avait laissé un État en faillite, criblé de dettes colossales. Law convainc le Régent de lui confier les rênes d’une banque royale en 1716, puis d’une compagnie commerciale chargée d’exploiter les richesses de la Louisiane et du Mississippi.
L’astuce était simple et diabolique : il vendait des actions de cette Compagnie du Mississippi en promettant des profits fabuleux issus des richesses supposément infinies de l’Amérique. La machine à rêves était lancée. Paris sombra dans une frénésie spéculative sans précédent. Des nobles se bousculaient rue Quincampoix, siège de la bourse improvisée, pour acheter des actions. Des fortunes colossales se constituèrent en quelques semaines. On raconte qu’un valet devint millionnaire en revendant ses titres au bon moment, et qu’une duchesse s’abaissait à faire la queue aux côtés de ses laquais.

Mais l’édifice reposait sur du vent. La Louisiane n’était qu’une étendue de marécages et de forêts vierges, sans les mines d’or promises. Lorsque les premiers doutes émergèrent et que les détenteurs d’actions voulurent convertir leurs billets en or, la banque de Law se révéla incapable d’honorer ses engagements. La panique se propagea comme une traînée de poudre. En quelques mois, les actions s’effondrèrent de plus de 90%. Des milliers de familles furent ruinées du jour au lendemain. Les rues de Paris se remplirent de spéculateurs désespérés.

John Law, hier adulé, dut fuir Paris à la hâte en décembre 1720 pour échapper à la foule qui réclamait sa tête. Il mourut à Venise en 1729, dans la pauvreté et l’oubli. Son système avait cependant laissé une trace durable : la méfiance des Français envers la monnaie papier et les banques persista pendant plus d’un siècle, façonnant en profondeur la culture financière nationale. Paradoxalement, nombre de ses intuitions sur le crédit et la monnaie fiduciaire se révélèrent visionnaires — simplement appliquées trop tôt, dans un pays qui n’y était pas prêt.

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