Il incarnait, aux yeux de tous, le magistrat modèle. Vice-procureur au parquet de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, cet homme dirigeait la division des affaires criminelles et de la délinquance organisée — la Dacrido — en charge notamment de la lutte contre les stupéfiants dans l’un des départements les plus criminogènes de France. Compétent, apprécié de ses collègues, soutenu par sa hiérarchie : rien ne laissait transparaître une autre réalité. Ce mardi matin, il a comparu devant le Conseil supérieur de la magistrature en audience disciplinaire, et reconnu consommer des drogues de synthèse dans un cadre privé, lors de pratiques de chemsex.
Le chemsex désigne des rapports sexuels associés à la consommation de substances psychoactives — principalement des drogues de synthèse — un phénomène en progression dans certains milieux. Si la pratique relève de la sphère privée, elle pose ici une question déontologique évidente : peut-on diriger un service dédié à la répression du trafic et de la consommation de stupéfiants tout en étant soi-même consommateur ? C’est précisément ce paradoxe que le conseil de discipline devait examiner. L’audience, initialement prévue à huis clos, s’est finalement tenue portes ouvertes dans un souci affiché de transparence de la justice.
Le magistrat, qui a entre-temps été déplacé de la Dacrido vers la division des affaires civiles du même parquet, reste donc en poste à Bobigny à ce stade. Le Conseil supérieur de la magistrature a été saisi d’une demande de déplacement d’office, la sanction disciplinaire la plus sévère après la révocation. Selon Le Parisien, qui révèle cette affaire, l’homme souffrait du syndrome de l’imposteur et menait une double vie qu’il parvenait à maintenir hermétiquement séparée de sa vie professionnelle — du moins jusqu’à la découverte de ses pratiques.
Cette affaire illustre les tensions profondes que peuvent générer certaines fonctions à haute responsabilité, entre exigence publique absolue et fragilités personnelles. Elle soulève aussi des questions plus larges sur le soutien psychologique offert aux magistrats, souvent exposés à des dossiers particulièrement éprouvants, et sur les mécanismes de détection des situations à risque au sein des juridictions. La décision du CSM, attendue dans les prochaines semaines, déterminera si le magistrat peut continuer à exercer ses fonctions ou s’il doit quitter définitivement le parquet de Bobigny.


















